Deschooling pour les parents

De Sandra DODD - Traduit par Sylvie Martin Rodriguez

Lien vers l'article original : http://sandradodd.com/deschooling

Comment se « déschooler » expliqué aux parents !

Il était une fois un étudiant expérimenté et sûr de lui qui allait rencontrer le meilleur professeur zen qu’il connaissait, pour lui demander s’il pouvait être son élève. Le maître lui offrit le thé et lui tendit une tasse. Pendant que l’étudiant récitait tout son savoir et tout ce qu’il avait accompli jusqu’à ce jour, le maître continuait de verser le thé, lentement. Le vantard continuait à parler, le maître continuait à verser le thé, jusqu’à ce que l’étudiant se rende compte que sa tasse était pleine et qu’il s’écrie : « ma tasse est pleine ! ». Le maître sourit et dit : « oui, elle l’est. Et jusqu’à ce que tu te délestes toi-même de ce que tu penses savoir, tu ne seras pas capable d’apprendre ».

Weird Al le dit d’une autre manière dans « Everything you know is wrong » (tout ce que vous savez est faux. Ce que cela signifie, en terme de « homeschooling », c’est qu’aussi longtemps que vous pensez pouvoir contrôler et ajouter ce que vous savez déjà, il vous sera difficile de vous ouvrir au « unschooling ». Plus vite vous viderez votre tasse, plus vite vous vous ouvrirez aux nouvelles idées avec tolérance, plus vite vous verrez l’apprentissage naturel s’épanouir.

De quoi philosopher et croître...
Comment faire ?
Cela peut-il marcher pour les anciens professeurs ? Qu’en est-il des ingénieurs qui sont persuadés que leurs enfants ont besoin d’une certaines quantité de mathématiques, et d’être très organisés ? Qu’en est-il des mamans qui aiment les programmes et l’organisation ?

Le deschooling est bien plus nécessaire aux parents qu’à leurs enfants. Je dois encore me débarrasser de tout un tas de manies scolaires et inconscientes, qui refont surface au moment où je m'y attends le moins, et contre lesquelles je lutte, que je récapitule et que j’essaie d’oublier.

Voici un moyen de se préparer au deschooling et d’éliminer le stress dû aux pertes de temps lorsqu’on tente de mettre en place le unschooling en dehors de tout ce qui est scolaire :

Pour une rapide mise en place du unschooling : Arrêtez !

Arrêtez de pensez de façon scolaire. Arrêtez d’agir comme un enseignant. Arrêtez de parler de l’apprentissage comme étant séparé de la vie.
Pour une mise en place graduelle (nécessaire pour la plupart de ceux qui ont été élevés de façon scolaire) :
  • Pensez à tout ce que vous avez appris. Vous pouvez faire une liste dans laquelle vous compterez certaines choses comme changer l’huile de votre moteur, ou celle de votre friteuse. Comptez aussi l’utilisation d’une machine à calculer, ou d’une machine à coudre. Comptez le vélo, l’observation des oiseaux. Comptez comment vous avez appris à roter et comment vous avez appris à tourner comme une toupie les yeux fermés, si vous voulez. Pensez à tout ce qu’il était amusant d’apprendre et à tout ce que vous avez appris en dehors des murs de l’école.
  • Regardez certains ou tous les films de la liste ci-dessous. S’ils vous font penser à d’autres films que vous n’avez jamais vus, regardez-les aussi. Regardez ces films avec ou sans vos enfants :
    - Mary Poppins
    - Heidi (avec Shirley Temple)
    - The sound of music
    - Searching for Bobby Fisher (Innocent Moves” avec le titre anglais)
    - La folle journée de Ferris Bueller.

    Vous n’avez pas besoin de réfléchir trop profondément au sujet de ces films. Pas de tests, d’analyses ou de comptes-rendus. Laissez simplement les images et les idées vous traverser et flotter en vous. Revenez à ces films un peu plus tard, après avoir unschoolé quelque temps.

  • Souvenez-vous de l’école. Respirez et imaginez l’année que vous avez préférée. Voyez tous les éléments qui la composaient et son organisation. Est-ce que c’est précis ?
    OK. Voici comment apprendre à ne pas recouvrir votre vie de unschooling avec tout cela, là où la structure et la terminologie dérangeront la paix et entraveront le progrès. Je vous demande de prendre vos souvenirs d’école, d’y ajouter de la lumière et d’agiter le tout.
    Première phase : « Apprendre » remplace « Enseigner ».

    Remplacez toutes les formes du verbe « enseigner » par « apprendre ». Cela impliquera quelques modifications dans la tournure de vos phrases, et quelquefois, vous devrez remplacer et réviser totalement le discours ou l’idée. Remplacez : « Je lui ai enseigné… » par « Il a appris… ». Remplacez : « Je projette de lui enseigner… » par « Quand il apprend… » (peut-être voudrez-vous, rétrospectivement, réviser vos pensées antérieures. Si vous pensez que vous avez appris à manger à votre enfant, ou à parler ou à marcher, peut-être voudrez-vous remplacer ces souvenirs par « Il a appris à marcher en se mettant debout et en essayant », et ainsi de suite…).

    Phase avancée : L’abandon d’une certaine façon de parler

    N’utilisez plus aucun de ces mots scolaires : semestre, note, niveau, classe, matière, année scolaire, heures scolaires, jour d’école. N’ayez même pas une minute scolaire. Lorsque l’école sera évacuée, la vie restera.
    Prenez une boîte avec un trou. C’est important. Au sens littéral ou imaginaire, si vous êtes timide. Si vous prononcez un mot scolaire, mettez une pièce dans votre « boîte à amendes ». Si vous utilisez ce mot pour vous convaincre que le unschooling ne marchera pas, doublez l’amende.

    Quand la boîte est pleine, dépensez cet argent pour votre enfant et vous-même. Une glace, ou un film peut-être… ou un ballon à l’hélium. Surtout pas un cahier d’exercices ou un rapporteur. Si, au bout d’une année, la boîte n’est pas remplie, emmenez toute votre famille dîner dans un bon restaurant que vous ne connaissez pas et fêtez l’évènement !

    Phase finale : L’abandon de certaines pensées.

    Si seulement ces pensées scolaires effleurent votre esprit, donnez-vous une amende.

    Après avoir supprimé les concepts problématiques, vous aurez davantage de place disponible dans votre tête pour votre toute nouvelle conscience du « unschooling ».

  • Changez votre programme. Certaines personnes aiment que l’apprentissage soit fragmenté, uniforme sur une année, une semaine ou un jour. Mais la vie est pleine d’aspérités. Comme dans la théorie du chaos, ou dans les statistiques et les probabilités, il y a des périodes actives et des périodes très calmes qui semblent ne mener nulle part, mais qui, en fait, ont une destination. Pensez à des bonds, des sauts, suivis de pauses.
    Au lieu de vouloir un rythme régulier, recherchez les « à-coups ». Quelle importance si un enfant joue du piano pendant une semaine entière en pratiquant deux heures par jour, et qu’ensuite, il en ait marre et qu’il arrête pour le reste du mois ? Tout ne serait pas perdu, fini, ruiné. Quelle importance si un jour, il comprend un concept mathématique ? Allez-vous re-calibrer le niveau auquel vous voulez qu’il travaille ? Ou peut-il faire une pause pour un mois ou un an sans que vous paniquiez ?

    A l’école, on explique à chaque enfant les tables de multiplication. Ensuite, ils entendent cette même explication encore et encore lorsque le professeur la répète encore et encore dans l’espoir que quelques autres enfants la comprendront aussi ce jour-là.

    Le rythme régulier de l’école est un faux-semblant parce que
    1) Il n’est pas réel
    2) Il n’est pas applicable à un apprentissage naturel

    Faire de l’Histoire 180 fois par an, c’est comme essayer d’apprendre à chanter à un cochon. En une bonne demi-heure, un enfant motivé et curieux (un enfant prêt) pourrait en apprendre autant sur la guerre civile ou sur Apollo 11 que ce qu’il apprendrait en une semaine d’école. Et l’Histoire est tout autour de nous, en permanence. Nous faisons l’Histoire, aujourd’hui même.

  • Observez votre enfant. Observez-le sans aucune attente. Essayez de voir ce qu’il fait vraiment, plutôt que de voir ce qu’il ne fait pas. Si vous tenez vraiment à évaluer l’apprentissage et que vous observez votre enfant avec cette intention, il vous sera difficile d’y voir clair. Observez simplement.
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    Lorsque vous aurez fait certains ou la plupart des exercices ci-dessus, que vous ne serez plus tendu à l’idée de savoir si votre enfant pourra éventuellement entrer à l'université, et que vous pourrez entendre les mots « exercices de math » sans penser « peut-être que nous pourrions en essayer certains… », vous pouvez vous considérer comme diplômé de l’Université de Deschooling de Sandra Dodd.

    Félicitations ! Ci-dessous, voici la combinaison de votre projet final et de votre voyage d’étude :

    Louez certains films et regardez-les avec vos enfants. Voici la liste que je recommande, mais donnez la priorité à vos préférences. Vous pourriez avoir de meilleures idées :

    Spartacus
    Le Cid
    Ben Hur
    Le Roi et moi
    Monty Python
    Star wars (la totale)
    Karaté Kid (les trois d’un seul coup, c’est super !)
    Hamlet (j’aime celui avec Mel Gibson)
    Roméo et Juliette (celui de Zeffirelli, dans les années 60)
    Chantons sous la pluie
    Joseph and the amazing technicolor dreamcoat
    O Brother
    The music man
    Last action hero
    Galaxy Quest
    The miracle worker
    Fly away home
    Paper moon (recommandé par Holly)
    Discutez-en un peu, ou aussi longtemps que vos enfants s’intéressent à la discussion. A ce moment là, vous devrez passer le cap de votre besoin de savoir s’il y a quelque chose de valable à apprendre dans ces films, et vous verrez vos enfants apprendre et rire, heureux que vous soyiez là.

    Prenez du plaisir à apprendre pour le reste de votre vie !

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